Lorsque nous avions décidé, avec Martin Parr, de présenter à la galerie une exposition en parallèle de celle du Jeu de Paume, il avait fallu faire un choix cornélien. Et, bien qu’elle fît l’objet d’un chapitre particulier de l’exposition Global Warning, la série Small World nous a paru, à tous les deux, une évidence. Tour à tour, nous avions déjà présenté les tirages noir et blanc Early Works aux côtés de Tony Ray-Jones, la couleur dans son ensemble, et la mode avec Fashion Faux Parr. Small World nous a donc semblé être une bonne piste. Photographier le surtourisme a été l’une des grandes passions de Martin Parr, de celles qui l’ont animé jusqu’à la fin de sa vie. Publiée la première fois en 1993 sous le titre Home and Abroad, puis sous le nom Small World en 1995 successivement traduit en français par Quel monde ! (éd. Marval, 1995) puis Petite Planète (éd. Hoëbeke, 2008), cette série fut enrichie et revisitée tout au long de l’existence de Martin Parr. Il a ainsi documenté l’ultime plaisir des gens normaux, selon une aberration qui nous est familière : animés par la recherche d’une authenticité, nous, les touristes, conduisons à sa disparition. Pressés de ne rien rater, consommant à la demande un rêve autrefois défendu. Et pour notre satisfaction, mimant habitudes et gestes absurdes – jusqu’à l’ultime selfie –, nous sommes victimes de notre propre farce. Du grand Martin Parr. Ainsi que pour chacune de nos collaborations, nous avions cherché ensemble, dans son archive à Bristol, quelques tirages d’époque, ceux aux teintes parfois surannées qui leur donnent le goût du temps. Comme à chaque fois, une petite négociation s’imposa auprès du maître, qui éprouvait toujours de la difficulté à se séparer de ces tirages qu’il avait précieusement conservés si longtemps. Dans la relation si particulière qui a été la nôtre, construite ces dernières années dans une certaine urgence de faire avec cet immense artiste qui savait son temps compté, la confiance était au cœur de nos échanges et de nos décisions. L’exposition a été complétée par plusieurs tirages modernes, réalisés pour certains de son vivant, pour d’autres de manière posthume, dans le respect des instructions posées depuis des années – taille de tirage et éditions. Dans les multiples interviews que Martin Parr a menées à la galerie, la question du futur revenait systématiquement. « I am in the departure lounge of life », disait-il, et il évoquait l’avenir à travers sa fondation de Bristol, l’équipe de son studio et sa capacité à poursuivre son œuvre, sa femme Susie Parr, son petit-fils George qui vient de fêter ses 3 ans, et bien sûr Ellen et Holly. Nous chérissons aujourd’hui les moments passés à leurs côtés, comme une tentative de remplir ce vide immense qu’il a laissé. Et cette autre réalité : depuis sa disparition en décembre dernier, on n’a jamais autant entendu parler de Martin Parr : Libération, Le Monde et Le Figaro qui annoncent son décès à la une ; la flambée populaire sur les réseaux ; le succès de son exposition au Jeu de Paume qui marquera l’histoire de la fréquentation du musée ; les dernières collaborations lancées de son vivant, dont nous vivons les lancements les uns après les autres. Et les futurs projets, que nous continuons à porter avec l’envie, l’énergie et la confiance qui nous liaient.
Clémentine de la Féronnière












