L’odeur de la nuit était celle du jasmin – FLORE –

Une exposition du 19 mai au 31 juillet 2021

Un barrage contre le Pacifique, L’Eden Cinéma, L’Amant, L’Amant de la Chine du Nord… les mots de Marguerite Duras constituent pour FLORE un fil conducteur qui la guide au-delà des lieux et des époques, dans un temps antérieur, celui de l’enfance, des odeurs, et des climats. Le temps de la fiction, aussi, cette fiction que chacun se raconte en lisant une poésie ou un roman, ou en se replongeant dans ses souvenirs de famille. C’est de cette alchimie de lumières et de sensations dans cette moiteur que naît cette exposition.

FLORE ne cherche pas ici à illustrer les ouvrages de Duras. Ni à mettre en images les écrits de la romancière. Surtout pas. Il s’agit pour elle de marcher sur les traces d’un imaginaire littéraire et poétique, de poursuivre un voyage sentimental déjà entamé avec son précédent livre Lointains Souvenirs. Et si elle s’inspire des plus célèbres ouvrages qu’elle a lus maintes et maintes fois, c’est pour les réinterpréter, les faire revivre dans un autre champ artistique. Dès lors les paysages qu’elle rencontre se superposent aux images mentales entrevues et enfouies dans sa mémoire d’artiste. On peut parler de mélancolie, de nostalgie, on peut parler un peu de ce que l’on veut, l’oeuvre ici présentée est ouverte et chacun pourra s’y engouffrer avec ses envies et ses tourments. Mais, derrière la silhouette fantomatique de Duras, c’est bien FLORE qui apparaît dans le révélateur de sa chambre noire. Quand l’image monte petit à petit, à l’ombre de la lumière inactinique, c’est son histoire qui surgit. Sur les routes du Vietnam et du Cambodge, dans les paysages de rizières, la photographe poursuit son récit personnel poétique, cette autobiographie suggérée qui la guide depuis longtemps et qui nous emmène, tel un jeu de pistes, sur les rives mouvantes de ses obsessions. Il s’agit pour elle de transmettre ce que signifie l’histoire de l’exil, de raconter le déracinement, d’évoquer ses propres contradictions : comment être attaché à un pays violent car c’est son pays, son enfance.

Les aller-retours que FLORE a effectués, assistée de son compagnon Adrián Claret, pendant presque deux ans ont façonné le travail. Il fallait aller là où Marguerite Duras a vécu, suivre ses pas, repérer les indices dans les livres, dans les mots, dans son écriture. Ce travail d’enquête est d’abord un travail de quête. Mais il s’échappe vite vers d’autres horizons, d’autres temporalités, d’autres ambiances…

Alors laissez-vous transporter sur les rives du Mékong, fermez quelques secondes les yeux, puis ouvrez-les, voilà, vous êtes dans le monde de FLORE.

Sylvie Hugues

Cette série a été réalisée dans le cadre du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l’Académie des beaux-arts.

Photographe